Mercredi 9 mars 2016 à 0:26

Où on retrouve le deuxième personnage qu'on avait laissé devant un fauteuil qui se retrournait. Bon, il a un peu pris la poussière, et vous l'avez sûrement oublié, depuis le temps, mais il s'agit de Sébastien, qu'on avait laissé à la fin du chapitre 6 avec un flingue dans la main.

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Le fauteuil me faisait face, d'un rouge éclatant de propreté. Il n'y avait rien d'autre dans la salle. Les murs étaient aussi rouges, mais paraissaient presque ternes à côté. Une étrange musique emplit la pièce. Douce et mélodieuse, triste et accaparante. Je me sentais seul comme jamais, mais c'était trop réel pour un rêve. Plus la musique progressait, plus la solitude montait, dans une intensité émotionnelle insupportable de mélancolie. Je m'assis sur le fauteuil et sentis quelque chose dans ma poche. Un flingue. Le flingue du malabar de la sécu. Je savais même plus pourquoi je l'avais ramassé. Je me levai de la chaise et observai les murs, à la recherche d'une quelconque sortie pour éviter de partir en crise d'angoisse, mais rien. Pas la moindre fissure dans le mur. Une belle musique calme emplit soudain la pièce, du genre que je ferais écouter à mes enfants si jamais un jour j'avais voulu en avoir.

Merde. J'vais finir par étouffer et mourir ici, si ça continue, la tête emplie de notes magnifiques à faire couler mes larmes depuis le fond de mon âme, me renvoyant à ma propre incapacité à l'équilibre. Le bonheur tordu de la tristesse m'envahit, et avec lui, l'envie de ne plus être moi. Assez de ce personnage stupide qui me fait cavaler malgré moi n'importe où. "Sébastien, la seule chose qu'il sait faire, c'est la musique. Autant dire rien." C'est ce que pensent mes profs depuis le lycée, et ils se sont rarement gênés pour me le dire. Peut-être qu'au fond, ils avaient raison : je ne suis qu'un bon à rien. Même pas à remplir ma mission après la fin du monde, pour laquelle j'ai pourtant été préparé depuis des années. On peut vraiment pas compter sur moi.

Aucune sortie, et les issues de secours ne mènent nulle part. Mais tant pis.

Je me suis rassis, contemplant le flingue dans ma main. Assez gros pour être lourd et assez lourd pour être mortel.

Je l'ai pointé sur ma tempe et appuyé sur la détente.

Solenne est ma meilleure amie depuis que j'ai 5 ans. Je la connais mieux que personne et pourtant, une myriade de choses la concernant m'échappe. Elle pourrait en dire autant de moi, si jamais elle savait. Aucun de nous ne sait ce que l'autre sait. On s'échappe mutuellement. Ca me rappelle la guerre froide écologique dont on nous a tant parlé en cours d'Histoire, cette guerre sans morts qui conduit à l'annexion de la France par la Suède, bien avant notre naissance, apportant avec elle entre autres l'adoption d'un régime alimentaire végétalien. La course à la connaissance, l'heure de gloire des informateurs, la coalition des détectives...

Mais pourquoi je vous ressors mes cours de collège alors que je suis en train de me suicider ? Est-ce que ça a seulement un sens ?

Peu importe. Tout ça sera bientôt fini. J'emmerde ce monde, et j'emmerde Lui, ainsi que tout ce dont il pouvait bien attendre de moi. La seule chose qui me manquera, ce sera Solenne et la team, cette famille qui gravitait autour de nous et dans laquelle nous gravitions aussi. Sans ça, je n'aurais pas tenu jusqu'à la fin du monde pour me refoutre en l'air. 

Dans mon ancienne vie, je passais la moitié de la journée à la fac, l'autre moitié avec ma mère, et une grande partie de mes soirées avec cette seconde famille. 
Bien souvent, ma mère me pressait d'aller répéter, de pas perdre mon temps avec elle, tentant de me faire croire qu'elle allait bien et qu'elle n'avait pas besoin d'autant d'attention, comme si on pouvait un jour se remettre de la perte d'un être cher.

Mais peu importe, tout ça allait bientôt être fini. Tout ce qui était vrai et important et profond et tangible cesserait bientôt de l'être, j'allais plonger dans l'inconnu, vivre des trucs au-delà du réel que je connaissais jusqu'à présent, et relativiser à mort sur tout ce que j'avais connu jusque-là. 

Peut-être que la vie n'est qu'un rêve que je quittai lâchement par la seule issue possible, m'enfuyant en silence, hors d'haleine et hors d'atteinte.

Notre première répète, la première d'une longue série, puis les galères pour démarcher des concerts, qui, un par un, de plus en plus beaux, devenaient ma drogue, ma raison d'être.


La même musique sublime emplissait l'endroit de ma mort. J'y voyais quelque chose d'épique, comme si ce moment ne saurait être ma fin; mais ça le sera, croyez-moi bien.

Un résumé de ma vie en un millième de seconde pour voir un échantillon des principales choses qui m'ont amené ici. 
La balle percute mon cerveau et je m'endors une dernière fois. Les issues de secours ne mènent jamais nulle part.

Par http://www.teozmeyersmanx-france.fr le Mercredi 15 juin 2016 à 9:30
Je crus sentir un courant d'air qui me glaça les os en traversant le bar.
 

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