Jeudi 10 mars 2016 à 23:53



______________________________________________________________________________________________


Le concert avait dégénéré, me poussant à mettre la résistance de mon manche à l'épreuve sur les ombres qui émanaient du public et se jetaient sur la scène. Il allait peut-être se briser au prochain coup, j'en avais aucune idée, et je m'en foutais. Je voulais survivre, c'était tout ce qui m'importait. Et puis, il avait quand même résisté au coup de l'escalier, alors bon... On verrait ça plus tard, en attendant, je me battais contre ces ennemis hors de ce monde aux côtés de Pierrot et Solenne.

On avait tous les trois dégainé nos instrus pour improviser notre défense, et un rapide coup d'oeil vers la batterie m'indiqua que Seb avait disparu. Je rangeai ça dans un coin de ma tête. Je me demanderai où il est passé plus tard, si jamais on survit.
 

Je crus vaguement entendre un cri venant de la fosse et me retournai à temps pour éviter l'attaque d'une ombre qui venait de monter sur scène. Je l'ai renvoyée d'où elle était venue et tournai ma basse vers une autre menace, m'arrêtant pour reprendre mon souffle et croisant le regard de Solenne. Le temps s'arrêta alors que je me perdais dans ses yeux.
Dieu que cette fille est magnifique...

Je reportai mon attention sur le combat, mais le temps ne reprit pas son vol pour autant. Tout autour de moi, tout le monde était figé. Même ma Solenne. Tous bloqués dans des postures plus ou moins ridicules, fixant droit devant eux d'un regard vide.

Seuls les yeux de ma belle brillaient encore, d'un éclat irréel, à côté de tous ces corps vides suspendus autour de nous. Où était passé Pierrot ? Je le cherchai du regard, mais il avait rejoint Seb sur la liste des disparus. Les ombres avaient toutes 




Précédemment, dans "C'est n'importe quoi cette histoire" : Le temps s'est arrêté, je suis visiblement le seul à pouvoir bouger, Pierrot et Seb manquent à l'appel alors que Solenne est figée comme une statue de sel et ma main reste crispée sur ma basse comme si ma vie en dépendait. Et oui, ceci est un résumé à base de tentative désespérée de reprendre le contrôle pour ne pas finir comme eux. Tu la vois ma grosse simplification ?

Une chaleur agréable m'envahit soudain inexplicablement. Je descendis de la scène et commençai à me promener un peu partout dans la salle, à mon plus grand étonnement.

Tout était calme, silencieux. 

J'avais encore en tête la dernière chanson qu'on venait de jouer, Lenne & Paine. C'était un moment plutôt magique, en fait, si on exceptait le problème majeur avec le temps qui semblait logiquement impliquer que je me trouvais dans un flux temporel différent, si j'en croyais toute la SF que j'avais bu bouffer depuis mon adolescence.

Expliquez-moi pourquoi je ne flippais pas, maintenant. Parce que même si j'avais une théorie, aussi fumeuse et fictive soit-elle, je devrais logiquement me trouver dans un état de terreur avancée. Peut-être ne réalisais-je pas encore à quel point tout ce qui se passait était grave, que Solenne resterait peut-être figée comme ça pour toujours, que tout cet enchevêtrement d'évènements échappait peut-être à toute rationnalité et à toute possibilité de compréhension. Un truc de dingue qui impliquerait que la seule réponse sensée à ça serait de se bouger rapidement, ne serait-ce que pour s'assurer une survie, si éphémère soit-elle.

Non, j'en avais rien à foutre. J'étais même incapable de comprendre, d'intégrer, que ma Solenne ne bougerait peut-être plus jamais le petit doigt, et encore moins qu'on ne pouvait pas VRAIMENT appartenir à quelqu'un, pour des raisons pourtant évidentes. Ce qui m'était évident, c'est que la vie sans elle n'avait aucun sens ni valeur ni intérêt. J'étais prêt à abandonner tous les atouts dont la vie m'avait gratifié, ainsi que toutes mes expériences et ma bribe de lien avec le réel si Solenne cessait d'exister. J'aurais même joyeusement attenté à mes jours sur l'autel de la fin du monde pour voir si ça faisait déconner la réalité et sortir un réal d'hors-champ avec une casquette et un porte-voix qui aurait lancé un "ELLE EST BONNE, ON LA GARDE !!" tonitruant.

J'ai pas fait ça tout de suite parce que j'ai un instinct de survie. Ou une addiction terrible aux puzzles, énigmes, et autres incompréhensibilités. Choisissez l'option qui me fait le moins passer pour un dingue à vos yeux.

J'ai plongé dans ma tête parce qu'il me fallait un plan. J'ai pas eu à beaucoup creuser : je suis tout de suite tombé sur un souvenir datant d'il y a environ 58 minutes sur ma timeline (à supposer que la temporalité n'ait pas été altérée depuis et que j'aie bien compris ce que m'avait raconté l'homme au chapeau quand il m'a fait subir une putain de paralysie du sommeil) : Avant de monter sur scène, j'ai discuté avec ma dulcinée des inscriptions apparues sur ma basse. C'était pas elle. Pareil pour mon appart. Sûr que ces évènements sont forcément liés à une force inconnue elle-même liée à la fin du monde, même si je peux pas encore le démontrer et que du coup je sonne comme un paranoïaque conspirationniste (pléonasme).


Je commençai à courir dans tous les sens, parmi les gens figés, à la recherche de signes et de détails. Ne trouvant rien de probant ou de spécial, je reportai mon regard sur ma basse. De nouvelles lettres étaient apparues dans son dos.

  LENNE
            
Ok, ma basse s'est trouvé un prénom, visiblement. J'suis plus à ça près. Enchanté, mademoiselle. J'vous paye un Jack ?

Un grand bruit claqua, brisant le silence. Les battants de l'entrée s'étaient fermés à clé. Là normalement j'aurais dû faire un arrêt cardiaque. Au lieu de ça j'ai cherché du sens. Cette fin du monde avait été instiguée par quelqu'un, et ce quelqu'un attendait visiblement quelque chose de nous, puisqu'il nous avait envoyé un messager, ou qu'un de ses opposants avait jugé utile de nous prévenir. Ces portes qui claquent n'étaient donc pas plus effrayantes qu'un chemin subitement bloqué dans un jeu vidéo : Ce n'était pas par là qu'il fallait que j'aille. 

Allez, on espère tous que j'ai raison, et vous insulterez ma logique plus tard, mais spoiler, à la fin c'est moi qui ai raison. En attendant je suis parti dans la direction opposée, vers la porte de l'arrière-scène. Elle était fermée, mais celle d'à côté était ouverte.

Elle donnait sur les chiottes. 
Et merde.

Voilà pour le contenu des toilettes. Il y a une autre porte ouverte de l'autre côté de la scène, mais tant qu'à faire, j'essaie d'ouvrir celle-là.

Bloquée. Rah.

Un bon coup de basse dedans et le trou est suffisament large pour qu'on y passe tous les deux.

C'est la cuisine. Peut-être qu'il y a quelque chose de plus intéressant derrière l'autre porte, mais bon. Chaque chose en son temps.

Il y a quelqu'un.

Le petit Noir déguisé en cuisinier. Sans déconner.

- Tu vas tout de suite m'expliquer ce foutoir sans nom.

- Calme toi, et arrête de pointer ta guitare sur moi.

C'est pas une guitare, c'est une basse. Et une arme de destruction massive. J'avais même pas remarqué que j'étais prêt à lui en mettre un coup entre les dents. Bordel de merde de fin du monde.

- Je veux savoir ce qui se passe.

- Tu le sais déjà très bien. Je ne t'avais pas menti.

- Ouais, la fin du monde, merci, ça j'ai compris. Je te parle du bordel qui s'est passé sur scène.

- La compression temporelle.

- Développe.

- Le temps, c'est de la matière. Mettre fin à un set de réalités implique de comprimer le temps, et ce faisant, d'affaiblir les barrières avec les autres réalités. 

- D'où les ombres ?

- D'où les ombres.

- Qui étaient ?

- Des projections de vous-mêmes. Enfin, de vos "vous" alternatifs. Ce ne sont que des souffles quantiques attirés par les failles comme un courant d'air. Mais ils vous reconnaissent et cherchent à vous remplacer.

- Des versions alternatives de nos âmes ? On a affronté des projections de nos propres âmes ?!

- Oui... et non. C'est pas dit que ces "alter-ego" viennent d'un monde physique et tangible comme le vôtre. C'est probablement pour ça que c'étaient des ombres. Mais je te concède que c'est particulièrement impressionnant, surtout pour une première fois. 

- Si tu sais pour les ombres, c'est que tu nous as vus ! Tu étais là ! Pourquoi t'as rien fait, espèce de lâche !?

- Mon statut est compliqué. Je ne peux pas interagir comme j'aimerais. Je ne suis pas un gardien, et j'en suis désolé.

- Et c'est toujours pas toi qui as écrit ces trucs dans mon appart.

- Toujours pas. Ce que tu as à croire est différent de ce que tu crains. En fait, c'est même tout l'inverse. Mais tu as développé une paranoïa concernant le monde, et ça, c'est ton problème.

- T'es qui, à la fin ?

- Je ne sais toujours pas.

- Et le temps ? Il s'est arrêté, on est d'accord ?

- Oui.

- Et il faut quoi pour le faire repartir ?

- Je ne sais pas.

- Il me faut une bière.

- Dans le frigo, me pointa-t-il de la tête.

Je suis allé me chercher une mousse, ma basse dans la main droite, espérant que l'un d'entre eux allait m'apporter de nouvelles données.

- Tu te rends compte d'à quel point notre discussion n'a aucun sens ?

- Au contraire, elle en est gorgée. Il n'y a pas un seul mot que nous aiyons échangé qui ne soit important.

En parlant de gorgée, j'en ai repris une.

Après un moment de silence, le môme se retourna vers moi.

- J'ai essayé de te prévenir que ton monde allait disparaître. Je ne peux pas t'en dire beaucoup plus pour le moment, tu n'es pas encore prêt et de toute façon je n'ai pas beaucoup de temps. La réalité s'est délitée, et maintenant elle est en train de se déployer, suite à la compression temporelle. Les strates vont s'ouvrir à vous. C'est là qu'il faudra faire la différence.

- Je suis pas sûr de comprendre.

- Tu y arriveras le moment venu, je n'en doute pas une seule seconde. 

- Tu parles comme si c'était déjà arrivé.


Il garda le silence et je plongeai soudainement dans une profonde réflexion dont il me tira rapidement avec la punchline la plus importante pour toute personne se retrouvant un jour à expérimenter la fin du monde :

"Celui qui combat les monstres doit prendre garde à ne pas devenir l'un d'entre eux. Quand tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi."

Il s'effaça en disparaissant progressivement. Me laissant seul avec mes questions, mes obsessions, mes angoisses, mes démons et mes peurs. 

Je me suis posé sur un canapé aussi confortable qu'usé et commençai à improviser un arpège à la basse.

J'étais dans un monde où le temps s'était arrêté et où chaque détail me dépassait. Tout le monde avait succombé à son vide, y compris la personne la plus pleine que j'aie rencontrée de toute mon existence, et pour une raison obscure, j'étais le seul à y avoir échappé, moi dont l'expérience du réel se résume à un monde de carton-pâte accepté comme étant vrai avec la même indulgence qu'un fan de nanars qui refuse de bouder son plaisir. Où était ma place dans ce monde où la seule personne à avoir jamais vraiment compté pour moi était aussi expressive qu'une statue de sel ?

Je coupai court à la mélodie avant de partir en dépression. Pris ma basse par le manche, sentant un flux de chaleur me passer dans le bras. Etrangement agréable.

Sortis de la cuisine plus calmement que je n'y étais entré. Rien n'avait changé. Ils étaient toujours tous là, en plein milieu, immobiles, inutiles.

Me précipitai au milieu de la scène. Elle était toujours là. Plongeai mes yeux dans les siens, peut-être pour la dernière fois. Me délectai de la beauté de son visage comme s'il allait se fissurer et tomber en ruine si jamais la moindre porte ou la moindre seconde décidait de claquer.

Le feu de mon bras gagnait mon corps tout entier. Je me sentais bien. Passai ma main libre sur sa nuque et l'embrassai, peut-être pour la dernière fois.

Ou pas. Ses lèvres me répondaient. 

MaSolenneestpasmortec'estl'plusbeaujourdemavie.

On s'est échangé quelques phrases silencieuses comme ça, du bout des lèvres, avant qu'elles ne deviennent salées et nous unissent dans une étreinte plus forte que la somme de toutes celles qui l'avaient précédée. 

Jamais je ne m'étais senti si vivant.

Elle se lova contre moi et se mit à lâcher ses larmes, doucement. Sa peau, d'ordinaire si chaude, était glacée comme un inspecteur des impôts.

Pendant que je faisais courir mes mains sur ses épaules et son dos dans un geste de réconfort, je sentis la chaleur se déplacer vers elle, et mon feu intérieur redoubler d'intensité. 

- Je t'aime....

- Moi aussi, je t'aime...

Après cette discussion digne des plus grands films d'auteur (même si elle est toujours plaisante à avoir), l'idée me frappa qu'il fallait sortir d'ici.

- Viens ! lança-t-elle.

Solenne me tendit la main, et une sensation bizarre m'envahit. Plus qu'un déjà-vu ou une étrangeté à cet univers, un truc encore plus intime.

- Mec, regarde ta basse, coupa-t-elle court à mes rêveries de rôdeur solitaire en devenir.

Elle était surprise, voire impressionnée, par les langues de feu qui couraient le long des courbes de ma basse, et aussi sur mes bras. Pour autant, elle aurait dû l'être davantage, à la réflexion, même si ses yeux équarquillés me confirmaient le naturel de sa réaction.

Ma basse brûle, mais je ne ressens aucune douleur. Ca fait peut-être un moment que ça dure, d'ailleurs. Une chaleur puissante, mais en rien agressive.

- C'est chaud, lâchai-je.

Le regard de Solenne étincela de malice.

Je vous fais la scène qui suit, parce qu'elle est particulièrement intime, et à certains égards, probablement ridicule : Deux amoureux stupides en train de se taquiner comme des enfants, avec une basse qui brûle dans la main d'un des deux, ce qui ne dérange pas plus que ça l'autre,  le tout sur une scène remplie par des gens pétrifiés, après une fin du monde et une compression temporelle.

Un bruit tonitruant nous a ramenés à la réalité. La porte du Krakatoa venait de s'ouvrir.

Sa main trouva limpidement la mienne et on est descendus de la scène. En traversant la salle pour atteindre la porte, j'ai été pris d'un sentiment étrange et indéfinissable de redécouverte.

- Hé... 
- Quoi ?
- Regarde !

Dehors, il neigeait, la rue était infestée d'énormes monstres qui sautaient partout. Une posture simiesque, un visage allongé, des yeux perçants et de gros bras musclés terminés par des griffes.

Nous gardâmes le silence, et peut-être pas pour les mêmes raisons.

Je lâchai la main de Solenne et pris ma basse enflammée à deux mains, sentant le feu gagner tout mon corps. Avec elle à mes côtés, il n'y avait rien que je ne pouvais pas faire.

Le nom de ma basse brûlait dans son dos. Je me mis en garde et plongeai dans la masse bestiale qui approchait. Suivant le sens de mes coups, les flammes traçaient de grands cercles autour de moi, ou sillonnaient le sol recouvert par la neige.

J'en avais déjà tombé deux, et j'étais en train d'en calmer un troisième. Quand je sentais que d'autres s'approchaient, je faisais tournoyer ma basse autour de moi, déployant des colonnes de flammes repoussant les singes, les obligeant à reculer, hurlants et menaçants. Je n'arrivais pas à avoir peur, sans savoir en quelle mesure c'était lié à mes pouvoirs récemment obtenus. 

Infatigable, je continuai à frapper sans interruption les primates overtestostéronés, jusqu'à me rendre compte qu'il n'y avait plus de menace à affronter. Les singes bodybuildés aux dents acérées étaient toujours là, mais ils n'en venait plus d'autres. Ils restaient là, à bonne distance, comme s'ils se foutaient de notre présence. 
Haletant, je me retournai vers Solenne. 

Elle avait disparu. 

Merde. 

Un énorme vortex à la place.

Re-merde.

Les monstres se calmaient. Une étrange musique emplit la rue. J'aurais pas été plus étonné si Solenne était revenue en tenant un canard en laisse.

Le feu se calma, puis s'éteint, et les monstres se retirèrent, plus ou moins doucement, comme s'ils étaient dirigés par la musique. J'ai mis ma basse sur mon dos, bien serré la sangle pour pouvoir me déplacer facilement, et je me suis approché du vortex.

Au moment où j'entrai dedans, mon feu bursta d'un coup, transformant le tissu de ma sangle en une longue flamme douce, et c'est ainsi que j'atteris dans un magasin de musique.






Par http://www.dvtechniques.fr le Lundi 13 juin 2016 à 12:03
Ici commence une longue histoire que j'ai besoin de te raconter.
Par dissertation proposal help le Mercredi 23 août 2017 à 14:37
Wow, happy to see this awesome post. I hope this think help any newbie for their awesome work. By the way thanks for share this awesomeness from
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://siko.cowblog.fr/trackback/3276127

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

Créer un podcast