Dimanche 30 novembre 2008 à 19:38

Un chapitre complètement barré que voici. Je trouve. Je crois que ce truc ne peut être que l'oeuvre d'un esprit malin qui se serait glissé dans mon cerveau un jour férié pour s'amuser un peu et fuir la grisaille de son quotidien monotone.
Puisqu'il faut toujours blâmer quelqu'un, blâmez donc ma muse si a vous chante.
Parce que pour le coup, soit elle a pris des vacances sur un coup de tête (et quel coup de pute...) soit elle est carrément dans le coma, et là, c'est vous qui en subissez les conséquences, MALHEUREUX LECTEURS QUE VOUS ÊTES !!
HAHAHAHA !!! Je vais conquérir le monde tout seul avec ma verve pourrie et mon imagination frelatée !
Tremblez pauvres mortels.

Bon, blague à part, je change légèrement la forme du paratexte, pour une fois, mais, encore et toujours, je vous souhaite une bonne lecture.

Orjan, fatigué.

_______________________________________________________________________________________________________

 

Mes yeux se sont ouverts sur une porte blanche et noire. J'étais toujours dans la salle rouge. Une ritournelle de piano obsédante habitait maintenant la pièce. Sur la chaise était écrit «Please suicide here» en lettres de sang. J'ai gardé les yeux fixés dessus pendant quelques instants avant de comprendre un truc tout bête.



J'étais vivant.



Alors que j'étais supposé avoir une balle dans le cerveau, ce qui, normalement, aide tout être humain normalement constitué à ne plus se poser de questions.



J'étais censé être mort entre les murs de cette pièce inconnue.


Et pourtant, non.

 

Et l'inscription sur la chaise... ça veut dire que quelqu'un m'observe.

Quelqu'un qui saurait que j'étais là, tout seul, coincé dans cette pièce exigue, aux murs désespérément plats et sans le moindre interstice où on aurait pu loger ne serait-ce qu'un oeil.

 

Si je suis pas mort, ça veut dire que Dieu existe ?

Un dieu assez magnanime pour laisser la vie à un loser toutes catégories confondues dans mon genre.

Un dieu qui aurait fait apparaître une porte devant moi.

Noire et blanche.


Ca détonne sacrément du rouge, c'est clair.


J'ai frissonné. Il se faisait froid, et la musique ne me réchauffait pas, au contraire.

Je me suis retourné vers la chaise avant de partir. Il y avait un sweat noir dessus. Il n'y était évidemment pas tout à l'heure.

 

Le flingue était dans ma poche. Je ne l'avais pas remarqué, malgré son poids.

 

Je l'en ai sorti et l'ai laissé tomber par terre. Saloperie.

 


Un dessin tribal apparut sur la porte quand je l'ouvris. On aurait un truc maori ou amérindien.

 

J'étais dans la rue. Il y avait plein de gens. Tous avec de drôles d'airs sur le visage.

 

J'ai essayé de me fondre dans la masse pour aller quelque part. N'importe où.

 

J'étais pas rassuré, et en plus j'avais un foutu blues à cause de la musique qui avait accompagné mon réveil.

 


C'était une grande rue passante, avec plein de magasins de tous les côtés. Si je tournais la tête sur ma droite, jevoyais un clodo crever la dalle. Si je la tournais vers la gauche, je voyais la porte qui m'avait amené ici.

 

J'avais pas une thune, alors j'ai évité le clodo. Il m'a regardé d'un air apeuré. Il n'avait pas l'air de vouloir du fric. J'ai eu à nouveau cet étrange pressentiment. Comme si quelque chose de gigantesque se préparait.

 

Et avec tout ce qui s'était passé depuis la baston de fin de concert, je dois dire que j'étais pas trop étonné de la tournure que prenaient les évènements.


Je me suis remis à marcher. Et au bout d'un moment, j'ai remarqué qu'un truc clochait sévère.

Et que le clodo avait toutes les raisons d'avoir peur.


Les gens qui marchaient face à moi avaient un air plus que menaçant. Freddy Krueger et Pinehead pouvaient aller au vestiaire se déguiser en lampes à rayons UV pour ménagères postrockeuses. Ils avaient l'air franchement malsains, ces gens.

L'un d'eux m'adressa un sourire qui ne révéla que des canines.

Une femme enceinte ouvrit sa chemise pour me montrer son ventre ouvert en deux par des lèvres monstrueuses aux dents longues.

Un vieux avait une barbe de serpents.

Une jeune fille portait un sac de commissions d'où s'échappaient des tentacules humides. Elle avait un regard mêlé de désir et de honte.

Un môme d'une dizaine d'années sans sourcils me tira doucement le sweat. «Tu crois qu'elle a mal ? Ou plutôt qu'elle a peur ?»

 

Il était accompagné par son père, un petit homme dans un smoking noir, sans sourcils non plus.


Le môme reprit la parole :


- Mon père dit qu'il ne sait pas. Mais je n'ose pas lui demander, ça lui fera sans doute beaucoup de peine.

 

Inutile de vous préciser que j'étais terrifié. Sur une échelle de la flippe de 1 à 10, j'étais au moins à 142.


J'ai pris mes jambes à mon cou, et j'ai tracé vers la porte rouge et noire. J'ai attrapé le flingue en haletant. Ils allaient sûrement m'attendre pour me tuer. Je me demandais lequel de ces êtres déshumanisés allait m'attaquer en premier. Lequel allait me tuer. Et de quelle façon.

Je me suis passé la main sur le visage et les cheveux. J'étais en nage.


M'enfin je suis bien mort une fois, non ? Pourquoi pas deux ?


J'ai rassemblé le peu de courage que j'avais jamais eu pour ouvrir la porte.


Le clodo avait la même tête que tout à l'heure. Mais les gens étaient cette fois-ci tout à fait normaux. L'un deux adressait un sourire Aquafresh à une jeune fille qui faisait ses courses, une femme enceinte accompagnait son père à la barbe blanche, un homme d'affaires en smoking tenait son jeune fils par la main.


Rien d'anormal. Rien d'inhabituel.


J'ai caché le pistolet dans ma poche et j'ai essayé de marcher de la façon la plus naturelle possible.


La pluie s'est mise à tomber.

Et le cauchemar a recommencé.


Merde.


J'ai sorti le flingue de ma poche, et, sans réfléchir ni fléchir, j'ai tiré dans le tas.


La femme enceinte me parlait avec ses quatre lèvres en même temps. Elle saignait abondamment, mais semblait s'en foutre complètement. Elle disait qu'elle était pas encore tout à fait satisfaite, qu'il lui en fallait plus. De son ventre coulait un liquide poisseux qui n'avait rien à voir avec de la salive. Ou en tous cas, pas le genre de salive qu'on trouve dans une bouche.


Merde.


La fille aux commissions avait l'air du même avis. Elle en redemandait, avec le même air pervers et malsain.


Sur l'échelle de la flippe, j'étais à 278 sur 10. Je pleurais, et j'aurais prié n'importe quel Dieu de me sortir de là, de me dire que c'était qu'un rêve, qu'un cauchemar de plus.


J'ai vidé mon chargeur sur les déshumanisés. Le vieux est tombé le premier, et a disparu dans un nuage de poussière.

Putain mais c'est quoi ce délire ? Je tire pas sur des vrais gens, au moins ?


J'avais plus de balles. Si Dieu existe, il repassera. C'est l'heure de se débrouiller tout seul.

J'ai repoussé la femme enceinte à coups de pied dans les dents (du bas), et la fille aux commissions à coups de poings dans les dents (du haut).


Je me suis retourné vers le môme et son père. Ils avaient été balayés par le clodo au visage apeuré de tout à l'heure.

Si ça continue, plus rien ne va m'étonner.


Les choses se sont un peu calmées.


La fille aux commissions sortit son poulpe de son sac. Il grimpa sur ses épaules et lui étendit paresseusement ses tentacules sur la poitrine.



- Recule.


C'est le clodo qui avait parlé. Mais je connaissais sa voix depuis longtemps.

Deux boules noires entourées d'un halo flottaient dans ses mains. Il s'en est servi pour se débarrasser de ces monstres en forme d'humains. Une danse macabre en seulement deux mesures, aussi rapide qu'efficace.


J'étais hors d'haleine, les yeux humides et le cerveau dans tous ses états. Mais c'était fini maintenant.


- Hé, ça va ?


C'était lui.


Le mec étrange que je vois de temps en temps.

Celui que j'ai vu dans la rue, avant d'aller au Krakatoa, quand je me suis battu avec Baptiste et Fred.


Je ne sais pas qui est ce type. Il dit qu'il est sans cesse en train d'attendre son nom.

J'ai jamais trop su ce que ça voulait dire, mais pour lui, rien n'est plus important.

Il m'aide à comprendre, il est là quand j'ai besoin de lui, sans contrepartie.

Et c'est quelqu'un qui sait beaucoup de choses.




- Qu'est-ce que tu fous là ? Je croyais que tu pouvais pas...


Il m'attrapa par le col pour m'aider à me relever.



- Tu vois bien que si. Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être... En fait elles ne le sont pratiquement jamais. Mais il faut accepter les apparences pour les dépasser.


J'ai essayé de faire le tri dans mes pensées.

C'est pas facile.



- Je suis mort ?

- Tu vois bien que non.

- Et tout ce bordel, c'était quoi ?

- Une illusion. Ou plutot une diversion. Comme mettre un sens interdit sur une entrée, ou un masque sur un mannequin de vitrine. Aussi absurde que cela puisse paraître, beaucoup de choses sont ainsi faites. Et l'illusion n'est pas toujours là où l'on croit.

- Je comprends pas tout... Il s'est passé quoi, au concert ? C'était qui cette fille qui m'a amené dans le trou ?




J'étais partagé entre le sentiment de ne rien contrôler, l'énervement qui en découlait, la frustration de ne pas comprendre et une étrange impression de déjà-vu, comme si tout ça était en fait complètement logique.

 

- Je ne sais pas qui est cette fille. Par contre je sais que c'est la fin du monde.

- La fin du monde ? Alors pourquoi on est là ?
- C'est une réalité alternative. Tout le monde en a une. Tu peux voir ça comme un univers intérieur qui prendrait vie en lieu et place du monde réel qui n'existe plus.
- C'est une illusion ? Tout ça c'est qu'une illusion ?


Il sembla réfléchir. Ca lui arrive rarement.


- Non. L'illusion c'était juste les gens que tu as vus. Ces... monstres n'existent pas. Ils sont le fruit de ton imagination, et ce monde a le pouvoir de les matérialiser.

- C'est mes peurs ? C'est juste mes peurs ?


J'avais une voix de plus en plus tremblante. J'avais mal à la tête, et en même temps, je savais qu'il n'y avait pas d'issue de secours. Pas cette fois-ci.



- Si tu veux, c'est une bonne définition. Ce monde fonctionne comme une ville fantôme qu'on peut remplir de ses souvenirs, de ses rêves, ou de ses désirs.

- C'était plutôt un cauchemar, ça...


- C'est vrai. Mais il existe plusieurs réalités parallèles au sein de ce monde. C'est un peu compliqué, je t'expliquerai tout ça plus tard.


J'ai senti qu'il ne me disait pas tout. Mon cerveau était HS, mais j'avais la conviction qu'il me cachait quelque chose. Peut-être même qu'il me mentait.

En tous cas je suis encore plus parano depuis cette histoire de fin du monde. C'est pas étonnant, en même temps, mais bon...




- Et la salle rouge ? Là où je suis...mort...


- Elle fait partie des choses qu'on ne choisit pas. La fin du monde était dans l'ordre des choses, et quelqu'un t'a amené ici. Rien n'est hasard.

 

Je me sentais comme un pantin sans volonté, aux pensées saturées par le manque de réponses. Et le bougre se contredisait. Ou alors c'était moi qui n'arrivait plus à rien comprendre.


- Ca veut dire que le monde va toujours rester dans cet état ?

- Non (il parut à nouveau embarrassé). Ce monde vous appartient, désormais. La fin d'un cycle est forcément le début d'un autre. Et là, c'est à vous de changer les choses (Il sembla se ressaisir).


- Et qu'est-ce que je fais, moi, dans tout ça ? Et puis où sont les autres, d'abord ? Où est passé le reste du monde ?


J'avais un peu honte de ne pas y avoir pensé plus tôt. Je me sentais égoïste.




- Ne t'en fais pas pour ça, tu le sauras bien assez tôt.

 

Il me sourit.


Viens avec moi.

 





     

Par Armann le Dimanche 15 mars 2009 à 23:21
Après énième relecture, je me dis toujours que j'adore quand ton esprit se barre ds des délires tels que celui-ci... le coup des monstres, t'as du bien t'éclater!!!
Par Vicomte le Lundi 10 janvier 2011 à 18:02
De fait, c'était assez délirant, mais les descriptions monstrueuses étaient assez intéressantes. Et donc tu es sûr de n'avoir consommé aucune substance illicite? Non, je demande ça comme ça. Par contre, va me falloir un pain, j'ai envie de tartine, là tout de suite, ça va pas du tout.
Par http://www.nettoyage-toulouse-31.fr le Mercredi 15 juin 2016 à 10:15
J'arrive à peine à m'exprimer correctement.
Par victoria secret uk le Jeudi 11 août 2016 à 11:01
Dans le paratexe duquel il y a une vanne absolument improbable.
 

Ajouter un commentaire









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://siko.cowblog.fr/trackback/2735731

 

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

Créer un podcast