Mercredi 30 mars 2011 à 17:59

Un concert d'In Veins, c'est toujours quelque chose. De grand, de puissant. De simple et si complexe à la fois. Leur musique te parle, te porte et devient tienne. Peu de paroles, souvent évasives mais déchirées par la voix éclatante de Marco, claviériste stylé qui ressemble à Chino Moreno jeune et pas gros. Et c'est pas la chemise rouge à carreaux qui me contredira.

Avant le concert, le groupe lâche qu'il n'est plus autant dans le trip «concerts» que d'habitude, trop plongés dans la composition de leur premier vrai album.*

Manu (batterie), complètement mojité, part même dans un délire «Rien à foutre, je rentre chez moi, j'ai sommeil. Faites un set acoustique».

Descente d'escaliers métalliques. Salle intimiste et yeux brillants. Welcome to Glasgow.

J'ai toujours trouvé un côté (post)apocalyptique à la musique d'In Veins. Le lieu de naissance des Mogwai se transforme à mes oreilles en une ville fantôme transcendantale à la Silent Hill. Magistral.

Ils ont le faya, le feu sacré, le Müspell, appelle ça comme tu veux. Une fois les amplis branchés, cordes sous tension et batterie rugissante, la fatigue n'est plus qu'un concept abstrait pour petits vieux chevrotants.

Mon année sans sommeil me semble lointaine, mais pour une obscure raison, je me lâche pas complètement pour autant.

Et pourtant il y a de quoi. Tous les a prioris qu'on peut avoir à l'écoute de leurs Eps fondent comme neige au soleil. Ils sont pas les prochains Archive ou Mogwai, et c'est justement ça qui les rend authentiques et crédibles. Leur musique s'envole et te prend avec elle sans te demander ton avis.

De toute façon que pourrait-on refuser à une si belle demoiselle ?

Chaque instrument a naturellement sa place, complète les autres qui le complètent lui même. Travail d'orfèvre, alchimystique mais immédiat.

Kevin (guitare) incarne la quintessence de leur obsession commune du détail. Le principe est pourtant simple : Que chacun kiffe chacune de ses parties sur chaque morceau. Fonctionnent toujours à l'unanimité, détail lourd de sens expliquant pas mal de choses : IV n'en fait jamais trop. Parfois trop peu, par contre. Ça reste leur principal défaut.

 

Après un Blurry Road revu et corrigé d'une ampleur dévastatrice – ou comment un morceau déjà très bon sur CD devient une église en live – ils envoient Crashed, qui - sans vouloir cracher sur ce morceau à riff qui tue - se retrouve trashé par Marco qui part en freestyle sur les parties vocales, mais bien.

Jérémie (basse) échange un regard «WTF dude ?» avec Manu (batterie), qui hausse les épaules et repart.

Le morceau est bancal, tangue d'équilibre précaire en tornades disto, vacille, se redresse, retombe, se rétablit.

Et le public prend son pied à deux mains dès ce soir.

Faire du post ou du progressif empêche pas de rester rock'n'roll. La prise de risque les connaît bien. Loin des couplets/refrain, habitués des routes brumeuses, ils les arpentent jusqu'au bout et en ramènent des merveilles. Bonus Track et No Name Sea en sont de bons exemples. La suivante encore plus.


- Vous nous l'avez demandée alors ou vous la fait.

- Profitez-en, c'est la dernière fois.

- Wah non !

- Bon ben une des dernières alors.

- Rah non !


Le souffle du vent me décolle du monde réel.

Touché, même si je suis probablement pas le seul à leur avoir demandé de la faire, je me prends un aller simple pour le 8ème ciel en passant par le centre de la Terre, le tout en moins de 5 minutes.

Les femmes actives overbookées qui ont à peine le temps de nous lire savent où aller maintenant.


Just Vision.

Sans elle je me serais peut-être jamais lancé dans la chonique, mais c'est une autre histoire.

Elle incarne à elle seule les forces et les faiblesses d'In Veins. Commence calme (1 minute d'intro), puis pète un bon coup, avant de se recalmer pour mieux repéter, un grand coup cette fois.

Le final pourrait paraître anecdotique et fait à l'arrache, surtout à côté du reste du morceau, mais à mon sens c'est surtout le signe que la pièce est inachevée. Elle durerait 8 minutes qu'on s'ennuierait pas une seule seconde ; au lieu de ça on a une sorte d'échantillon condensé de ce qu'elle pourrait (devrait ?) être, une pépite d'or au lieu d'un lingot.

Techniquement avatar de leur style, assemblage méticuleux de plans simples et efficaces formant un tout complet qui révèle sa complexité au fil des écoutes, cette pépite paraît pourtant toute petite comparée à ce qui va suivre.

J'en connais pas le titre, et ça m'étonnerait pas tant que ça d'apprendre qu'eux non plus. Qu'importe, leur compo la plus mature à ce jour commence à emplir doucement l'atmosphère. Une instru du niveau de Mai des SC**.

Ce morceau final de 6 minutes (8 selon la police, 12 selon les AAA***) nous transporte plus loin que jamais.

Plus haut, aussi. Avec une cohérence instrumentale à la Pink Floyd, les In Veins frappent fort et juste. Economie mais déploiement d'énergie brûlante sur salle enfiévrée.

Le public tout entier vibre avec eux. Les fréquences se complètent sans jamais se chevaucher. Du rarement vu en ce qui me concerne..

Après avoir lancé le morceau au piano, Marco quitte la scène pour regarder les autres depuis la fosse.

Le mot d'ordre tacite est l'unité. In Veins t'ouvre la porte de son univers avec une simplicité rare, surtout dans un style comme le leur, souvent taxé d'hermétique.

Une musique innocente et naïve, adulte et désabusée, aventureuse et flippée, déterminée et désintéressée, jouant sur les paradoxes, explosant quand il faut et jamais sans raison. Sensibilité touchante. Finalement toute personne capable d'émotions peut se retrouver dans un concert d'In Veins.

Je dis concert car c'est là qu'on trouve ce qui manquait cruellement aux 2 premiers Eps. Des couilles, bordel de merde. Des couilles à blinde. Des tripes aussi. Remplies au mojito pour le coup. Les Eps sont sages, le live sauvage.

Sauvage, réfléchi, sensible et tournoyant.

Ruptures de feeling rares, la plupart du temps rattrapées dans la seconde. Loin de décrédibiliser leurs morceaux, ou même de leur nuire, elles donnent une part d'imprévu, d'honnêteté aussi.

Le set était trop court et le chanteur trop bourré. 2 seuls points noirs majeurs. Le groupe assure comme une bête, y'a pas d'autre terme. Un batteur qui sait se faire discret autant que massacrer intelligemment ses fûts comme un mulet qui aurait lu et compris Nietzsche, un bassiste qui te sort des arpèges simples mais inventifs et qui sait où est sa place, quand faire front ou rester en arrière, 2 guitaristes (Kevin et Maxime) qui touchent autant leur manche que leurs effets - Maxime sacrifie au rituel de tout concert de post, le trifouillage de pedalboard à genoux, alors que je garde imprimée dans ma tête pour une obscure raison une image de Kevin tenant une sorte de solo rythmique à base de triolets en barré sur la 24ème case, le manche de sa Telecaster pointant vers le ciel comme si l'avenir du monde en dépendait ; au clavier comme à la voix, Marco amène ses parts de douceur, mélodie, émotion et puissance, les 4 côtés de la base d'In Veins, pyramide en devenir liant le ciel et la terre.

Si tu veux monter un groupe de prog et que tu vas les voir en concert, ce sera l'épreuve du feu. Tu en repartiras dégoûté ou boosté à fond. Pas de demi-mesure. Ils savent pas faire dans le tiède, préfèrent jouer sur les contrastes. Descends les voir et tu changes de monde. Pas d'artifices. Tu pourrais croire que les lumières vont être là que pour faire illusion, il en est rien, elles font partie intégrante du voyage, et si le public est un membre du groupe à part entière, alors le mec de la lumière aussi. Intéressant, bien qu'élémentaire, puisqu'il incarne la destination finale de l'alchimie d'In Veins.

 

Orjan.

 

 

 

 

 

 

    * Les EPs Someone Inside the Earth et Connected with Them sont toujours disponibles, notamment en version mp3 et pour pas cher sur iTunes (3 ou 4 € de mémoire)

 

 

 

 

*** Anti Acouphènes Associés.

 

 

Samedi 12 Mars, Boredom city, El Chicho, IN VEINS / RDV LIVE.

 

Myspace : http://www.myspace.com/inveinsmusic

(Vous y trouverez aussi les liens des albums)

 

Précedemment chroniqués ici : http://siko.cowblog.fr/acouphenes-post-orgasmes-3017147.html

 

In Veins sera à la demie finale du Tremplin Caudérock le Vendredi 15 Avril à 20h30 (Caudéran / La Pergola) et le Jeudi 28 Avril à la même heure au Festeenage (Bègles / BT59).

 

 

Par http://www.souriez-blanc-lyon.fr le Mercredi 15 juin 2016 à 9:31
Le polo vert délavé et les cheveux attachés sont de série.
 

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