Mercredi 30 mars 2011 à 18:08

Dans sa demeure morte, il rêvait et attendait. Mais les In Veins l'ont réveillé pour notre plus grand plaisir. C'est au tour des Watchmen du blues de prendre place.

Il faut dire qu'une heure plus tôt, ils se fondaient dans la masse sans aucun problème. Epaisses lunettes rondes et manteau d'hiver noir pour Guillaume (chant/guitare et multi-instrumentiste depuis ses 12 ans, à l'origine du projet Rendez-Vous). Dans son costume d'intello-romantique timide, il aurait presque l'air puceau.

Kriss (guitare, back vocals et autres «whoo-hoo») arbore quant à lui un magnifique sourire fatigué qui se déclenche n'importe comment (et surtout n'importe quand), assorti à ses yeux à moitié fermés, le tout témoignant d'un actor studio intensif. Le polo vert délavé et les cheveux attachés sont de série.

Larry S (basse, backvocals) ressemble à un ado qui aurait grandi sans changer de fringues. Bon, en les lavant quand même sinon c'est dégueulasse. Il boit de la bière et nous en ramène pas contrairement à ce qu'il avait promis (de toute façon on avait qu'à en acheter plutôt que de vivre aux crochets des autres. Et puis c'est quoi ces manies de vouloir se faire offrir la place, hein ?)

Zan (batterie) s'est coupé les cheveux, ça se voit. Trop pour que ses fines lunettes rondes le fassent ressembler à Harry Potter, par contre. Hé oui, pour se faire des thunes aujourd'hui, faut écrire des bouquins sur le quai de la gare.

Mais l'argent, Rendez-Vous s'en fout. Tout ce qui les inquiète c'est de rembourser les frais de déplacement du groupe Toulousain Man Size qui a joué en premier.

Que j'ai pas écouté. Donc je pourrai pas dire que c'était de la soupe. Ou pas.

Bref, revenons à nos briscards de moins de 40 ans.

Les 4 pourraient facilement passer pour des gens ordinaires. Ce serait une grave erreur. Tout aussi humbles que les In Veins qui leur ont préalablement chauffé la salle au 8ème degré grâce à un set qui calme bien (voir la chronique), les RDV s'y amènent, transformés.

Regard concentré et bienveillant, visage en partie caché par cheveux détachés aussi noir que son T-shirt El Chicho, Kriss et sa Les Paul balancent riffs tranchants et mélodiques, colorés et entêtants, surprenants et attendus.

Sportif de l'extrême, Zan nous prouve derrière ses fûts que les superhéros à la retraite n'existent que dans les romans graphiques et les films adaptés.

A la richesse de son jeu, serais pas étonné qu'il ait passé des années dans le jazz ni que Méthode Agostini soit le livre de chevet de sa jeunesse.

Sa base terrienne est lée aux autres par Larry qui, sans en faire des tonnes nous démontre la polyvalence de son instrument. Mélodique et rythmique, jamais l'un sans l'autre. Peut-être même un solo ou deux, me souviens plus trop. En tous cas c'est pas avec lui qu'on peut dire que la basse s'entend pas. Non madame.

Face à la fosse, Guiom et sa Fender s'occupent de ramener de la demoiselle.

Pas de l'hystérique ni de la groupie, attention. Le public de ce soir n'est ni hype ni stupide.

Ah, on me signale à mon oreillette qu'à la prochaine tautologie je suis viré, que j'en ai déjà fait 2 et que la 3ème sera la bonne.

Oui, Diane, oui. D'accord.... ..... .... D'aaaaccord. Oui, moi aussi je te raccroche au nez, bisous bye, à la prochaine !

Guiom a laissé les lunettes au vestiaire et retourne les culottes des 4 premiers rangs par la puissance du son.

Moi aussi quand j'serai grand, j'veux être superhéros. Avoir le sourire et le garder complice même quand j'fais des pains. Les Rendez-Vous ont la classe la plus totale, hurlante et transpirante. Preuve vivante que le blues est finalement pas un style répétitif. Les chansons au goût de déjà-entendu se comptent sur les doigts d'une main dans une moufle.

Tant qu'on est dans les points noirs, les pointilleux psychorigides progressifophobes reprocheront au groupe la même chose qu'à In Veins : un anglais parfois approximatif sur quelques tournures grammaticales et deux-trois prononciations, et ce plus sur CD qu'en live, d'ailleurs.

Ouais, faut aller loin pour trouver des trucs à redire, mais rien à foutre, j'suis un warrior alors j'y vais.

Solos hendrixiens à faire headbanger Jimmy Page pendant un pogo avec Rory Gallagher, Kriss et Guiom s'en donnent à coeur joie.

Plaisir partagé par public en liesse. Ça bouge dans tous les sens, plus qu'avec In Veins. Normal en même temps.

Pourtant les deux groupes ont plus d'un point commun. Déjà, ils sont là où on les attend pas. Là où In Veins excelle dans les ambiances expérimentales inventives et profondes, RDV double la durée de ses morceaux en live en inventant le post-blues, si ça existe pas déjà.

Et encore une fois dans la soirée, ça part loin, très loin. On jongle sans cesse entre ciel et terre. Rendez-vous en est un mouvementé. Les guitares partent et reviennent sans cesse à leur source qu'est la section rythmique, elle même prenant les traits d'un enfant, et pas celui de «Maman j'ai raté l'avion», plutôt celui de Nietzsche.

Maturité. Encore un point commun avec IntraVeineuse.

Mélodies envolées sur base puissante décollante, long voyage vers la légende du blues.

J'aurai trouvé à mes pieds le pacte signé par Robert Johnson en 1933 avec le Diable que ça m'aurait pas étonné plus que ça... Mais ce cher Satan n'est qu'une métaphore du non moins cher désir des hommes de pouvoir choisir.

Et pour ce qui est des choix, RDV a fait les bons. Setlist équilibrée entre Stolen Memories* et leur nouvel album à paraître bientôt, son fort et agressif, bourrinage grungy maîtrisé. On rend ses lettres de noblesse au Rock, le sort de sa prostitution et l'emmène en taxi se refaire une jeunesse dans des salles intimistes. Les groupes de «rock indé de merde» peuvent aller se rhabiller tous en ensemble du haut d'un pont, on est ici dabs l'authenticité, la chaleur, la sueur et la moiteur. Bienfaitrices et purifiantes.

De temps à autre des pains déchirent l'atmosphère l'espace d'une seconde, éclairs sur la route pluvieuse du blues. Le feeling reprend ses droits dans l'instant.

Arrive Big King, à mon goût une de leurs meilleures compos. Riff bluesy au départ, couplets/refrains montant en puissance l'air de rien, breaks au groove destructeur propices aux dislocations des cervicales et lourd final grungy.

Que demande le peuple ? Du pain et des bonnes chansons ? On a surtout des secondes, ce soir.

Le nom du groupe prend tout son sens en live. Comme le groupe précédent, ils donnent tout sans compter à un public qui leur rend bien. C'est plus une salle de concert, c'est une étuve rouge sans merci.

Pas grand chose à redire de cette prestation à foutre la pêche et la banane à un neurasthénique dépressif.

Univers plus facilement abordable qu'In Veins, plus jumpant aussi, moins sérieux sur la plupart des morceaux, tendance à relativiser la difficulté dans la joie exprimée dans certains textes suivis par la musique.

Un style tout aussi punchy et intéressant que le groupe précédent, cela dit. Prenant et profond.

Chez les 2 on a affaire à des spectres musicaux très variés, même si les I.V travaillent le côté sombre plus que les Watchbluesmen, un certain optimisme rôde toujours dans le secteur.

Et ça, c'est youpi.

 

En conclusion, deux super sets intègres et loin des sentiers battus, par deux groupes uniques. Si vous trouvez pareil ailleurs, on vous rembourse la différence, ça nous fait plaisir.

Et moi je reste avec cette idée que la musique de Rendez-Vous est la BO-ficieuse de Californication.

 

Orjan.

 

 

Samedi 12 Mars, Boredom city, El Chicho, IN VEINS / RDV LIVE.

 

Précedemment chroniqués ici : http://siko.cowblog.fr/acouphenes-post-orgasmes-3017147.html et là : http://siko.cowblog.fr/dissidence-rock-3058529.html

 

 

* Album disponible pendant les concerts et ici : http://www.myspace.com/rendezvous33

 

Et un petit live : http://www.dailymotion.com/video/xhktxs_rdv-live-at-bikini_music

Next show to be :

Mardi 5 avril 20h00 à 21h30 - 1h de live + Itw en public à l'Antirouille (Rock & Chanson) dans le cadre des «Acoustiques» d'O2 Radio.

Par http://www.csb77.fr le Mercredi 15 juin 2016 à 9:31
Le polo vert délavé et les cheveux attachés sont de série.
 

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