Mercredi 22 décembre 2010 à 0:49

Un chapitre écrit cet été, comme beaucoup de ceux que je poste en ce moment. Celui-là a la particularité d'avoir été écrit avec une envie de clope croissante et seulement 3 morceaux, dont un (le deuxième) écouté en boucle pendant sans doute plus d'une heure.

Maybeshewill / To the skies form a hillside. Puis Not for want of trying. Et ensuite He films the clouds - Part 2.


Il peut être intéressant de le lire en écoutant ces morceaux dans l'ordre, avec un peu de chance ce sera raccord.

36ème chapitre...

Dans lequel on parle émotionnel et sentimental, sous plusieurs perspectives. Où on reste cool malgré tout. Enfin, on essaie. Seul Neto semble taper haut dans le coolitudomètre. Les experts pensent que l'auteur s'arrangera pour que les autres persos le rattrappent via des remontées dans le classomètre.

Dans lequel un lecteur attentif retrouvera un retour aux fondamentaux : Du clin d'oeil comme à la vieille (qui a dit belle ?) époque.

Dans lequel je me suis fait chier pour vous livrer un chapitre intéressant, drôle et touchant. Un bon chapitre, tout simplement. A vous de me dire si c'est le cas où si j'ferais mieux de retourner sur mon ouvrage remettre mon métier une fois de plus.

C'est la fête, bonne lecture.

Orjan


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- TOI ! Mais c'est pas vrai, qu'est-ce que tu fous là ! J'en reviens pas... Je t'avais dit que j'voulais plus jamais te revoir ! C'était pas clair ?!

- Hé, du calme. Y'a prescription depuis le temps.

- Ca veut pas dire que je t'ai pardonné.


Neto a commencé à argumenter, et je suis allé vers Solenne. Elle peut dire des milliers de choses, qui m'apaiseraient ou me tortureraient l'esprit de fond en comble dans les deux cas.


- On parlera au bar. Je préfère qu'on soit au calme.


Mauvaise pioche. Welcome to the jungle of the prises de tête. "Je préfère qu'on soit au calme"... Pfff, n'importe quoi... Comme si ce qu'elle a à me dire me fera péter les plombs.


Bon, tant qu'à faire, je vais te résumer ce qui s'est passé depuis que Sonia s'est réveillée et a donné sa chaussure à manger à Neto en gage de tendresse. Ca me calmera peut-être.


Déjà, elle a toussé, le liquide dans les fioles doit être bien hard. Ensuite elle a commencé à s'énerver et a répéter en boucle les mêmes phrases. D'après ce que j'ai compris, Neto est un psychopathe qui a tout fait pour la retrouver.


Je comprends ce qu'il ressent.


Les filles veulent un mec romantique, et quand elles l'ont, elles en veulent plus ou se sentent plus à la hauteur. L'attention les étouffe. Quelle que soit la quantité que tu leur donnes, c'est toujours trop ou pas assez. Et ce, même quand ça marche avec la personne en question. Je sais de quoi je parle.



Kepa m'a sorti de mes pensées.


- Mec, j'ai un truc à faire, je reviens.


- Ca marche, mais t'éloigne pas trop. On se remettra en route dès qu'ils auront fini de s'engueuler, dis-je en montrant du menton notre couple improbable en puissance.


- T'en fais pas pour moi. Je sais où est le bar, et je peux me défendre, dit-il.


Il leva le bras en l'air et un gigantesque sabre tomba du ciel pour se planter devant ses pieds. Il le sortit d'une seule main. Impressionnant.


- J'te fais confiance.


On s'est checkés.


- Fais gaffe à toi.


- Toi aussi.


J'ai défait la sangle de ma basse et me suis accroupi en la prenant dans mes bras. J'ai respiré un grand coup. La musique devenait pensante. Tension.


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Je suis sûr que c'est elle. Je reconnaîtrais cette silhouette entre mille. Je m'éloigne de plus en plus du groupe et me dirige vers la ruelle où j'ai cru la voir.


La ville semble menaçante à mes yeux emplis de doutes. J'en étais à craindre que ces ruelles sinueuses puissent nous avaler, elle ou moi.


Mon coeur bat à tout rompre pendant 5 interminables minutes. Je suis plus en état de réfléchir correctement. Depuis le début, j'étais sûr qu'elle allait bien. J'avais surtout tout fait pour ne pas y penser. Peut-être que finalement je ne l'aimais plus, aussi. Je sais pas. Plus je m'approche, plus je suis désarmé, impuissant, faible. Gêné, comme si au fond de moi il m'était presqu'égal de ne plus la revoir, considérée au fond comme une amie de longue date perdue de vue, quoique colocataire de mon appart.


Le paradoxe temporel du sentiment. Pour moi en tous cas.


- Hey ! Je te cherchais. J'suis contente, je t'ai trouvé assez vite.


Lola. Je l'ai prise dans mes bras et on s'est serrés de toutes nos forces. J'arrivais pas à parler tellement j'étais heureux. Soulagé. Je sentais au fond de moi que je l'aimais au moins à nouveau. Chaque atome d'elle me percutait, véhiculant l'idée que mes sentiments avaient vraiment agi comme de pathétiques imbéciles, que passer ces années à ses côtés étaient la plus belle chose qui m'était arrivée en toute une vie.


Pourtant, le sourire que j'affiche me paraît un peu mince, bien frêle, en parfaite inadéquation avec le bonheur qui m'emplissait l'âme à ce moment là.


Je suis un Freak de l'émotion et du sentiment. Je vois pas d'autre explication.


Je me force à la serrer davantage contre moi, à respirer fort pour lui donner une chance de croire que je pleure au moins à moitié.


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- La dernière fois qu'on s'est parlés, je voulais plus te voir. CA N'A PAS CHANGE DEPUIS !  Martela Sonia comme elle sait faire, avec cette voix sèche et déchirante qui donne envie au pire badass de se cacher six pieds sous terre pour appeller sa maman sans que ses potes le voient.


- Laisse-moi une chance..


Neto était ferme, mais pas impératif.


- NON !


- De m'expliquer. C'est pas vrai, tu laisses jamais les gens finir leurs phrases.


Joli salto arrière, mec. Mais il lui en faudra plus.


- Hey, les amoureux ! a coupé Solenne d'une voix inhabituellement tranchante.


Ca, par exemple, c'est pas mal du tout.


- RAAAAAAAAH !!!


Et ça, c'était Sonia. Nul besoin de le préciser. Neto se marrait. Rien d'étonnant non plus. Profiter de chaque petite victoire, même si c'est au fond qu'une bribe de victoire, est important. Peut-être même plus que ça, d'ailleurs.


- Vous règlerez ça au bar. Même si on trouve rien à boire, je veux pas le savoir. Mais le premier qui lève le ton, c'est moi qui le calme, assenna-t-elle, le corps parcouru d'électricité.


Les deux se sont à peu près calmés.


Sébastien, qui avait pas ouvert la bouche depuis son arrivée -à part peut-être quand on l'a pris dans nos bras, mais on s'en fout de toute façon- m'a tapé sur le bras.



- Je sais que je paye mon cliché en disant ça, a-t-il dit de sa voix grave et profonde, mais on a de la visite.


Des ailes transparentes sont apparues dans son dos, et nos regards ont tous convergé vers lui, même si on commence tous à être vaccinés niveau bizarreries ici.


Comme celle devant nous, tiens.


Un machin massif à la tête fine et allongée, sans yeux mais à la bouche imposante -beau contraste avec la tête- et des bras plus épais que nos corps, a rugi un bon coup.


- J'vous regarde faire, a déclaré Soda.


Il se fout de nos gueules ou quoi ?
Je sais qu'on est quasi-insensibles à la peur, mais merde, on est pas à la hauteur d'un monstre pareil !


Neto jouait nonchalament avec sa lame.


- Question, a-t-il fait. Il a pas d'yeux mais est-ce que ça nous permet de dire qu'il est aveugle ?


Il s'est pris un coup de coude de Sonia. Ca doit être sa manière de dire "C'est pas le moment de faire de la philo, et encore moins de l'épistémo".


- Hey, mais c'était pas bête, pourtant... Bourrine, va.


- Du calme, a soufflé Solenne, concentrée, les yeux fixés sur le monstre, les lèvres raides, légèrement écartées.


Sonia a avancé vers le monstre d'un pas plus qu'assuré et lui a hurlé un "DEGAGE !!" retentissant.


Puis elle a échangé sa place avec celle de Neto qui s'est pris un revers à assommer un lion.



- Génial, maintenant j'suis énervé, a-t-il râlé en se relevant, après être resté quelques secondes au sol. On règlera ça tout à l'heure, miss, a-t-il ajouté en se retournant vers Sonia, le sabre sur l'épaule, tout en désinvolture en contraste à la rage vengeresse qui habitait la demoiselle.


Mon coeur battait à tout rompre, d'excitation. Pulsion de violence. Désir de justice. Je sens que ce monstre est plus que ce comme quoi il apparaît. Je ne suis que sensations et ressentis. Mais l'adrénaline ne monte pas.


- Ecoutez quand je vous parle, a dit calmement Solenne. Vous l'avez provoqué inutilement. Maintenant c'est nous tous qui allons en payer les conséquences. Mettez vos egos de côté dans ce genre de situations.



Faut dire que la résistance de Neto est étonnante. A bien y réfléchir, ça doit faire partie des règles physiques de ce monde. Ou être un corollaire de nos pouvoirs.


Sébastien a déployé ses ailes et d'étranges ondes lumineuses allongées, en forme de plumes, sont parties à une vitesse incroyable sur l'étrange appartion.


Neto était déjà au corps-à-corps, esquivant la plupart des coups et parant ou déviant les autres avec son sabre. Il passait la plus grande partie du temps la tête en bas.


Solenne se chargeait en électricité et je pouvais pas m'empêcher de trouver ça sacrément sexy.


- Et toi, tu fais quoi à part téléporter les gens ? lança-t-elle à Sonia avec véhémence.


Elle répondit rien. Sol secoua la tête en juronnant. Elle la tourna vers moi et me regarda droit dans les yeux.


- Qu'est-ce que t'attends ?


- Deux idées. Dont comment l'attaquer efficacement pour le tomber. Il fait bien 4 fois notre taille, si c'est pas plus. L'autre c'est comment m'énerver suffisamment avant de l'approcher. J'en ai bien une pour ça, mais elle me plait pas, et je pense pas que tu l'approuves non plus.
Chérie, fous-moi une baffe.


- Ca va pas ?


[Non, du tout. Bien vu ma belle.]


- Fais-le, s'il te plaît.


- Non... Je peux pas.


Sébastien est tombé pas loin de nous, sa belle gueule en sang. Perturbant.


- FAIS-LE !! hurlai-je depuis mes tripes.


Dans le même état que moi, elle m'a balancé une baffe d'une violence retentissante qui m'a direct foutu le feu et la rage avec.

Enveloppé, enchanté d'une certaine manière par ce feu purificateur. Libéré. Provisoirement, peut-être, mais efficacement.

Suis devenu la bête de feu. Plus de pensées. Seulement casser. Détruire. Que ce monstre ne soit plus. Calme furieux en moi. Frappe de basse enflammée dans le vent. Boule brûlante projetée sur monstre gigantesque. Côtoie éclairs Solenniens. Disparaîs dans une colonne de feu, réapparais devant lui et donne tout ce que j'ai. Sans compter, sans merci, sans pitié.


Coups violents. Les siens aussi. Je tombe, me relève, repars à l'assaut. Le temps semble figé. Je me bats de toutes mes forces pour garder le contrôle aussi longtemps que possible. J'suis pas aussi doué que Neto pour esquiver ou parer, surtout qu'il s'agit quand même d'un adversaire redoutable, là. Lenne semble trancher aussi efficacement qu'un sabre, ça a de quoi surprendre. Penser. Me forcer à penser à ce que je fais. Garder le contrôle. J'ai que ce mot en tête. Je me le répète encore et encore, à chaque coup donné, à chaque coup pris. Je vole parfois en arrière, mais arrive plus ou moins a me rétablir avant de toucher le sol. Probablement stylé, mais c'est pas ma préoccupation. Je fatigue pas vraiment, mais Lenne se fait moins légère. Je tourne sur moi-même à chaque frappe pour compenser. Ca a l'air efficace.


Le feu protecteur a ses limites, mais quand je suis trop blessé, il prend le contrôle et me remet sur pied. Me sens invincible. Pourrais tuer cet adversaire à moi tout seul. Juste question de temps. Fauche ses jambes et l'embrase. Vois pas ce que font les autres. Espère seulement qu'ils vont bien. Encore quelques coups tournoyants. Colonne de feu, réapparais sur épaule.


Neto y était déjà. Plante sabre dans cou du monstre. Toutes ses forces. Entame à peine chair.


Colosse s'ébroue, tombons par terre dans fracas assourdissant pour déguster sol.


On se regarde. On fonce. Sol est derrière. Je la sens. Ses éclairs nous accompagnent. Surfe sur l'un d'eux et nous rejoint au contact.
Neto et moi des deux côtés. Frappons dans jambes et torse. Me prends des coups, pas lui. 'Chier. Brûle de plus en plus fort. Dois pas ressembler à grand-chose d'humain. Saute et revers dans gueule. Réception peu près normale.

Vois Sol, bras écartés en l'air, masse électrique tout autour. Reprends respiration. Corps tout tendu me fait mal. Fatigue un peu. Courbé mais garde tête droite.


Sensation étrange...


Vague d'énergie.



Une onde de calme m'a envahi. Ses ailes transparentes étendues au-dessus de lui, Sébastien s'est avancé, dans une aura de lumière. On aurait dit un ange. Vierge de toute blessure, cicatrice ou appréhension, il était en transe, le corps légèrement courbé en arrière.



Un magnifique rayon de lumière blanche, démesuré, s'est abattu sur le monstre, toujours entouré par le champ magnétique de Sol.



Show's over. Il est tombé, et le rideau avec lui.
 








Mercredi 29 décembre 2010 à 20:59





On marchait vers le bar.

Ce qui nous arrive est hallucinant, y'a pas d'autre terme. Les limites du possible semblaient ineffablement s'effacer peu à peu, et un sentiment de toute-puissance m'envahissait. Je me sentais presque accompli, à part qu'avec Solenne, je nageais dans l'incertitude. Sébastien était devenu un ange, Sonia, de plus en plus difficile à comprendre, Sol, j'en parle même pas, et Kepa s'est avéré être un sabreur bourrin à la force colossale, bien loin du type placide, puis cool, que j'ai toujours connu. D'ailleurs il n'est pas encore revenu.

Bordel, on fait une belle bande de super-antihéros.
Et là on va chercher un sens à tout ce merdier, en s'enfonçant volontairement un peu plus dans l'inconnu. Dans nous-mêmes, j'ai l'impression. Mais peut-être que je fais seulement mon égoïste en pensant ça.

Solenne... J'ai toujours dit que cette fille était électrique. Et que Seb se la joue angel-style, ça me surprend pas non plus. Evidemment, tout ce qui a trait aux pouvoirs et aux monstres est super étonnant, et y'a des chances qu'on s'y fasse jamais vraiment.
Mais ça fait partie de nous, maintenant. De nos vies. De nos réalités.
C'est peut-être même l'expression la plus pure de ce qu'on est, comme on l'a vu avec ce drôle de clown qui nous a attaqués il y a encore pas si longtemps. Il m'a dit d'appliquer mon raisonnement aux monstres. C'est probablement nos fantômes, nos démons, nos peurs les plus intimes.

Depuis la dernière apparition, qui d'ailleurs a rien dit, on a pas croisé grand-chose. Rien, en fait, à part des ombres qui longent les murs et disparaissent dans les ruelles. Pas si inquiétant quand on est blindés niveau effets spéciaux, même avec des courbatures.
Derrière moi, j'ai entendu la voix de Neto. Un peu sombre, presqu'inquiète.

- Pourquoi tu m'as fait ça, tout à l'heure ?

- Tu l'as bien mérité, a claqué une Sonia glaciale.

- Y'a prescription, merde !

- Les amoureux, qu'est-ce que j'ai dit y'a 20 minutes ? a tranché Solenne.

- 'Tain ça se voit que c'est pas toi qui t'es frottée au corps-à-corps. Il t'aurait tuée directement si tu y étais allée dès le début. Remarque ce serait peut-être pas une grosse perte, après tout.

Décharge de rage primaire dans corps graisseux /substance à penser nommée cerveau. Pouvais pas ne pas intervenir. Le feu a parlé pour moi. Me suis retourné d'un bond et ai attrapé Neto par la gorge en le soulevant. Pensais pas avoir la force de faire ça. Pensées qui se bousculent, mais rien qui se transforme en autre chose qu'un gros râle. Feu qui parcourt mon torse et mes bras. Ne brûle toujours ni moi ni mes vêtements.

Neto ne dit rien non plus. Se contente de me regarder sans se déflier. Calme malgré son coeur qui bat plus vite et dénote une certaine crainte.

J'ai fini par le reposer. Essayer de reprendre le contrôle de mes émotions. Solenne me fixait façon "je t'analyse comme une dingue mais tu peux te gratter si tu veux que je t'en parle tout de suite, donc attends un peu, ce sera cool".

J'ai recommencé à marcher, un peu gêné, les yeux collés à la route.

Personne ne parlait.

Neto m'a rattrapé.

- Ecoute mec, j'suis désolé. Je pensais pas ce que j'ai dit, j'étais juste sur les nerfs avec tout ce qui se passe.

Il avait l'air sincère. Peut-être seulement l'air.

- Moi aussi, ai-je grogné plus ou moins gentiment.

- Faut s'y faire, on s'affranchit des limites de l'humain, là...

- Ca fait une bonne raison de s'imposer des règles, ai-je claqué. Sonia, si tu fais de la merde une fois de plus, on pourrait ne pas si bien s'en sortir. Voire pas du tout.

- Donc le prochain qui merde mettra les deux doigts dans la prise, a assenné Solenne.

Ca peut paraître con mais je l'avais jamais vu si autoritaire, si femme. D'un seul coup, en une phrase, ses deux échecs précédents à se faire respecter avaient complètement disparu.

- Pour vous, la prochaine discute c'est au bar, a-t-elle terminé.

Transposez cette scène dans le réel que vous connaissez et vous la trouverez ridicule. Mais mettez-vous 5 minutes à notre place et vous comprendrez que parfois le moindre détail peut être une question de vie ou de mort.

Neto a eu un sourire amusé. Ma main au feu qu'il se dit un truc du genre "Et là notre couple improbable mais parfait va s'embrasser et restaurer la monarchie. Manque plus qu'un producteur au coin de la prochaine rue et on tombe dans la comédie familiale américaine et prévisible."
Sonia partageait son sourire. Surprenant.

On marchait toujours.


- On est pas trop loin. Essayez de vous maîtriser d'ici-là.

Le ton de Solenne était sans faille. Elle se tourna vers moi.

- Viens par là, faut que je te parle.

[De tes problèmes relationnels avec ton copain ? Quand tu veux.]

On est partis un peu en avant du reste du groupe, en doublant Soda qui restait avare en paroles pour le groupe, à l'exception de Seb avec qui il discutait. Je l'ai rarement vu aussi intéressé, d'ailleurs, sauf peut-être quand on parlait musique.

Solenne est restée deux-trois secondes la bouche ouverte, puis s'est lancée.

- Je sais que t'as plein de questions à me poser, pour comprendre et apaiser tes doutes. On parlera de ça au bar, c'est promis.

J'ai soupiré un "D'accord...", les incertitudes redoublées d'intensité.

- Qu'est-ce qui t'es arrivé depuis la fin du monde ?

Elle avait sorti ça avec la désinvoluture la plus complète. Je rêve.

- Pas mal de choses, au-je souri.

Je lui ai fait un résumé de quoi était fait l'océan d'inconnues dans lequel je nageais depuis des heures, peut-être une journée complète, même. J'avais perdu toute notion du temps. La nuit apparemment éternelle n'aidait pas.

Elle aussi m'a raconté ce qu'elle avait vécu. Pas mal de similitudes. Elle a revu Siko, est passée pas loin de la mort peu après -pour moi, c'était face à Sorel, l'espèce de clown, quand j'ai cru perdre mes cervicales et senti en une fraction de seconde mon corps se disloquer. Elle aussi a cherché à voir les limites de ses pouvoirs, à comprendre ce qui se passait. Elle a aussi mentionné des artéfacts, très importants selon elle, ainsi que Karma et Shell Haven, tout en restant assez floue.

Mr et Mme Voyons ont un fils, Ben.

Je vais quand même pas me mettre à douter de ma copine, quand même ?

Hé si, j'ai bien peur de devoir mettre nos 2 ans de bonheur trop parfait entre parenthèses. Dans les doutes, plus rien n'est sûr.

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Lieu commun ! Hérésie galopante, va.

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La rue s'est emplie de musique, rythmant nos pas et calmant mes pensées.

Plus qu'inexplicable, mais on était pas à un détail près. Le Kraka était en vue. Sans neige, cette fois. Ni primates. Mais avec des espèces d'araignées métalliques grand format d'à peu près 50 cm de haut. Leurs pattes brillaient à la lueur de la lune.

- Y'a un arachnophobe parmi nous ? a lancé une voix sarcastique derrière nous. Et je parle d'un vrai, hein, pas quelqu'un qui se contente de pas aimer ces bestioles, quelqu'un qui en fait des cauchemars et tout et tout.

Contre toute attente, c'était pas Neto mais Soda qui avait dit ça. Leurs petits yeux brillants se sont fixés sur nous. Elles se sont approchées lentement.

- Petit exercice de style, a-t-il clamé. Celui ou celle d'entre vous qui répond au signalement va s'occuper du troupeau. Les autres, restez en arrière, n'intervenez que si c'est nécéssaire. Dans le pire des cas, c'est moi qui prend la relève.
Vous inquiétez pas, personne va mourir.

C'est Sonia qui s'est avancée.

- Quelqu'un d'autre ?

Personne n'a bougé.

- Comment tu t'appelles ? a demandé le démon rayé.

- Sonia.

- Eh bien Sonia, tu as en toi tout ce qu'il faut pour défaire ces méchantes araignées pas poilues. Crois en toi, ça suffira.

J'ai jamais pensé qu'elle était lâche, malgré ce qu'elle a fait à Neto au dernier combat. Je pense que c'était justifié.

Elle n'a rien dit et s'est approchée des créatures, les jambes un peu tremblantes mais le regard fixe.

- Lance-toi ! a crié Soda pour l'encourager.

Elle s'est téléportée sur le groupe d'arachnides en échangeant sa place avec un caillou. A crié très fort. De nouveau échangé sa place avec une canette vide qui traînait et les monstruosités d'acier se sont attaquées mutuellement, refermant leurs pattes acérées les unes sur les autres. Certaines s'étaient coincées. Des rouages sont tombés, ou en tous cas c'est ce que j'ai cru voir, des petites roues dentelées. Quelques-unes ont arrêté de bouger avant de tomber en pièces.

Sacs plastiques ou en papier au nom d'enseignes de restauration rapide, bouteilles de verre, épingles à cheveux, Sonia se servait de tout ce qu'il y avait par terre pour rester sans cesse en mouvement et retourner la force des araignées contre elles-mêmes. Le tout entre deux cris pas toujours étouffés.

C'était presque'une danse, en fait. Intouchable, elle donnait un sens à la pollution qui n'avait pas réussi à détruire la Terre. Fumeuse, mais écolo. Plutôt ironique.

- Tu peux rien faire d'autre ? a demandé Soda bien fort.

- C'est pas assez bien pour toi ? a-t-elle renvoyé sur le même ton entre deux disparitions.

- Je préfère quand c'est plus varié, tu vois le truc ?

Elle allait lui répondre quand une patte l'a touchée. Une attaque de taille, suivie d'une tranche et d'un coup d'estoc qui l'a traversée.

- Personne va mourir, hein ? Rien à foutre, j'y vais !

Neto. Qui d'autre ? Il m'a devancé, pour le coup. Moi, et tous les autres. Seul Soda restait calme. Il nous a arrêtés d'un geste.
Pas Neto.

L'arachnide a retiré sa patte de Sonia qui est tombée sur un genou. Neto courait vers elle. Dans un sursaut de vie ou de dégoût, elle a poussé de ses deux mains face à elle, et une onde de choc a balayé ce qui restait des autres aberrations mécaniques.

- Et toi, c'est quoi ton p'tit nom ? m'a demandé le démon noir et rouge

- Dan.

- Passe-moi ce que t'as dans la poche, s'il te plaît.

Je lui ai tendu une des fioles. Plus loin, Neto avait pris Sonia dans ses bras et s'occupait d'elle comme il pouvait. Soda s'est téléporté pour les rejoindre et donner le breuvage à la miss, blême.

- Ecartez-vous, elle a besoin de respirer ! Vous êtes cons ou quoi ? a crié Soda à tout le groupe qui était venu l'entourer.

Elle a toussé un bon moment.

- Mais c'est pas vrai, j'y ai toujours droit bordel ! Plus jamais ça !!

- Je suis désolé, mais je devais le faire, a répondu Soda.

Neto l'a violemment attrapé par le cou et lui a presque craché au visage, dents serrées et yeux enragés.

- T'as failli la faire tuer, pauvre enfoiré !

- Et c'est parti, on rentre dans le relationnel basique humain avec les polarités et tout. Et la transcendance, merde ?! Si on vous a donné le concept de Trinité si tôt, c'est pas pour rien, bordel !

Il a repoussé violemment Neto avec une seule main et s'est progressivement approché de lui.

- J'ai pas failli la faire tuer. Déjà, pourquoi j'aurais fait ça ? C'est pas parce que je suis pas blanc comme vous que j'suis forcément une menace. Et ensuite, le destin, ça te dit quelque chose ? Si elle avait dû mourir, c'est ce qui se serait passé. Mais c'est encore loin d'être son heure.

Tout le monde est resté sans rien dire. Mine de rien, Soda en impose pas mal. Qu'il soit un démon avec les pouvoirs qui vont avec y est sans doute pour quelque chose. Mais pas que. Ce qu'il a dit est foutrement pertinent, et sa dernière phrase implique des trucs qui me plaisent pas des masses.

- Si t'arrêtais de m'accuser à chaque fois que j'fais quelque chose dans votre intérêt, a-t-il rajouté d'un ton sarcastique, on va peut-être pouvoir avancer à un rythme à peu près normal.

Il a dit tout ça à moins d'un centimètre de Neto, qui pour le coup assumait assez mal son rôle de prince charmant/mec protecteur de base/amoureux transi qui crève les yeux même si on est censés rien en savoir / petit ami de Sonia en puissance / type romantique et soucieux des femmes. Rayez la mention inutile s'il y'en a une.


La tension chargeant l'air, on s'est remis à marcher.




 

Lundi 20 février 2012 à 2:01

- Je te croyais morte, ai-je fini par dire.

- Tu vois bien que non.


Elle a pris ma main et l'a posée sur son sein en souriant. J'ai senti battre son coeur et ressenti une décharge électrique : c'était la première fois qu'un détail pareil avant autant de valeur. Comme au début d'une relation, quand on guette le moindre signe, quand le plus petit regard est porteur de sens. Quand j'appellais Dan pour une phrase qui pourrait en avoir deux. Quand les semaines se suivent sans se ressembler, quand on avance bercés par la poésie des premiers instants. Quand il n'y a plus rien d'autre que le bonheur d'être ensemble. Quand l'incertitude nous faisait sentir vivants. Frissonner. Résonner d'émotions. Vibrer. Vivre.


Puis le temps nous a rattrapés. La passion qui nous animait s'évanouissait progressivement, et ça devenait nos passions et autres points communs qui maintenaient "nous" en vie. Salement ironique. On était un vieux couple avant la fin du monde, et c'est justement ça qui nous a rajeunis. Je ressentais ces vieilles émotions qui me paraissaient nouvelles. Renaître doit être aussi bon que ça. Nos lèvres se sont rencontrées comme la première fois.

 

Et comme par un hasard pas DU TOUT prévisible, c'est à ce moment qu'on a entendu un énorme grognement derrière nous. 
J'en ai rien à foutre, si j'y reste j'aurai au moins réappris à sourire avant de mourir. C'est mieux qu'un morceau de flûte.
 

Lola a relâché son étreinte et on s'est retournés ensemble pour tomber face à face avec un énorme machin quadrupède. Il s'est dressé sur ses pattes arrière et a poussé un long râle.

Le gros sabre sans réel poids avec qui je devais être lié d'une façon ou d'une autre est tombé du ciel pour se planter juste à côté de nous. Presque prévisible. Faudrait voir à se diversifier. Je l'ai empoigné en gardant les yeux fixés sur le monstre.

Il avait des lettres écrites sur ses membres musculeux, une tête ressemblant vaguement à celle d'un ours sous stéroïdes avec une sorte d'exosquelette noir qui se terminait en pointe vers l'arrière du crâne, une queue à pointes membranées, des yeux blancs brillants et il ne bougeait pas. Il se contentait de nous regarder.


Mon estomac s'est liquéfié sans prévenir et je me suis retrouvé à trembler. Autant ce que j'ai affronté depuis la prépa me paraissait basique, surtout avec un démon à mes côtés, autant là, j'avais franchi d'un coup un sacré palier. C'est peut-être bien ça qu'on appelle un béhémoth. Je peux pas bouger.


La bête rugit. Fort. Très fort. Dans un tonnerre de remous telluriques et poussiéreux, il se met soudainement à quatre pattes, comme un cerbère monocéphale qui a envie de jouer.

Je regarde Lola. Forte et déterminée. Elle a pas l'air d'avoir peur. 

Tout est allé très vite. D'énormes boules violettes lancées sur le monstre lui ont braqué la tête en arrière et lui ont enserré le cou. Je me suis retourné vers elle, incrédule. Un autre choc dans la gueule du monstre. Ca commence à bien faire de toujours avoir quelqu'un de plus fort que moi à mes côtés.

La frustration devient bien vite colère alors que je me lance dans la bataille, silencieux et le sabre au clair, en évitant de me dire que je ressemble à un golfeur croisé avec un tennisman.

La bête réagit pas trop mal, ses cris commencent à briser le silence de la nuit. D'ailleurs, ça s'ajoute à une bonne liste de questions, ça : Quelle heure il peut bien être ? -On verra ça plus tard- conclus-je après m'être pris une bonne mandale dans la face. Je saigne à peine. Ma liste souffre d'obésité élargie. Deuxième coup de patte dans la gueule. Pour le coup ça m'a retourné à moitié et j'en ai lâché le sabre tombé du ciel. Et il continue à m'attaquer, cet enfoiré. Ignorant les explosions violancées de Lola, il veut me tailler dans le gras. Je l'attrape à bras-la-papatte, hors de question de lui laisser le plaisir de m'arracher la tête. Ses énormes griffes ne sont qu'à une vingtaine de centimètres de mon visage, mais il est foutu comme un chat -bon, ok, un très gros chat- , du coup il peut pas me toucher sans utiliser l'autre patte. Plus qu'à esquiver son coup déséquilibré et en profiter pour rouler par terre, récupérer le sabre et le planter une première fois.

Il hurle. Je ressors la lame et il me donne un cri légèrement plaintif. Cool, j'ai toujours rêvé d'être un artiste. Esquiver un deuxième coup, enragé celui-là, tout en se protégeant avec la lame pour pas se prendre un dommage collatéral et se retrouver sous sa deuxième patte. Planter une deuxième fois. Retirer la lame, wow, il vient de se rappeller qu'il avait une queue et c'est pas passé loin. Ca marchait mieux dans Matrix, ce genre d'esquives. Dos au sol, je vois ses pattes terriblement hautes dans le ciel se rapprocher de moi à une vitesse terrifiante. Au cas où ça suffise, j'ai pointé mon arme bien haut, les yeux plissés mais fixes.

Le contact n'a jamais eu lieu. Lola a dévié les menaces, et tout le reste de la bestiole d'ailleurs, avec un bon gros rayon.


- Comment tu fais ça ? lui ai-je crié en me relevant


Le béhémoth s'était relevé et fonçait droit sur moi. Et merde.


- J'en sais rien ! 


Esquiver son attaque, tournoyer en l'air sur le côté pour éviter la deuxième, bloquer la troisième avec le sabre, pousser bien fort, se surprendre à le faire reculer, et taper sans arrêt,  aux côtés des sorts psychés de Lola qui prennent d'un coup des colorations et formes diverses. Je finis par lui planter mon sabre dans l'épaule, me hisse dessus et une fois en équilibre sur son cou, le frappe à la tempe pour le déboussoler. Je reprends mon souffle et remarque plein de liens fluorescents sur le corps de la bête.
Lola a définitivement un sacré truc.


- Tu viens faire un tour ? je lui lance depuis là-haut.


Elle sourit, toute calme, et grimpe sur le béhémoth avec une facilité déconcertante, aidée par les boules violettes.


Quel rêve hallucinant.


Je le frappe et il couine en se mettant à courir dans la rue. Surréaliste. 

Bon, faut retrouver Dan, maintenant. Faire taire les questions, tailler dans le vif mais pas trop. Je regarde Lola, morte de rire, sans une once de peur dans les yeux. J'ai retrouvé l'essence de l'amour de la façon la plus absurde et incroyable qui soit. Je suis heureux.

On s'approche du Krakatoa, je le vois de loin.

- Tu sais où on va ?

- Ouais, souriai-je.

- Alors ?

- Je t'emmène voir un groupe backstage. Je sais que t'en as toujours rêvé.



 

Lundi 27 février 2012 à 21:31

On est tout aussi loin du club des 5 que de la Bibilothèque rose. Neto et Sonia (se) font la gueule, Solenne reste désespérément muette, lèvres serrées, regard fixe et tranchant. Et Seb... ben, Seb quoi.

On entend que le bruit des pavés sous nos pieds. Même Soda la fermait. Au bout d'un moment, alors que mon estomac menaçait de se retourner sous la pression, on a atteint le bar. J'avais envie de fumer pour espérer moins penser.

 

 

Deux gros battants de porte. Imposants, dominateurs. Neto les a ouverts d'un coup de pied retourné. Si j'avais su où ça nous mènerait...

 

- Ah, enfin ! Exulta-t-il.

 

J'ai pas eu la foi de sortir le moindre «hm» pour lui répondre. Les autres non plus. Il s'en foutait de toute façon.

 

Impossible de faire le tri. Trop de pensées. Faut que ça sorte, vite.

 

 

Solenne m'a devancé.

- Tu sens la clope et la sueur, chéri. Viens, on doit parler.

 

 

«Chéri». Ça sent bon. Ou pas. On va bien voir.

- Je sais, le cancer c'est pas la classe. D'autant qu'avec la fin du monde ça va être galère de trouver un doc-

 

 

Elle m'a attiré à elle et attrapé dans ses bras.
Ça sent super bon, ça, et je parle pas de son parfum. D'ailleurs comment elle s'arrange pour que ça tienne autant ?

 

- -teur...

 

- Shhhht... Tout va bien.

 

 

Elle délire ou quoi ? C'est la fin du monde, baby. On a des superpouvoirs mais on est coincés dans une ville fantôme où on met des heures à progresserr et c'est la PUTAIN DE FIN DU MONDE ! Serait quand même temps que quelqu'un le gueule bien fort, desfois que les autres aient pas remarqué. Ça fait quand même 33 chapitres que ça dure.

 


- Tout va bien, répéta-t-elle.

 

 

Tout va bien ? Sans déconner... Okay, je te crois. Les doutes, foutez le camp.

 

- J'ai beaucoup de choses à te dire, reprit-elle avant de m'embrasser.

 

 


Là, j'étais pas mal niveau doutes. Mais vraiment pas mal. La contradiction dans son plus bel appareil. J'avais pas touché le Paradis du bout des lèvres depuis un moment. Allais pas me plaindre non plus.

 

 

Elle a plongé ses yeux dans les miens.

 

- Dan, avant toute chose, je veux que tu saches que je t'aime, vraiment, et que rien de ce que je pourrai te dire ou de ce qui pourrait se passer n'y changera quoi que ce soit. A jamais et pour toujours.

 

 

Ouaaaais ! Allez, narrateur, fais péter les violons !

 

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Wah non, t'abuses là.
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Ah mais t'es encore là, toi ?


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Ben ouais.
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Ah. Et tu kiffes ?

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Ben ouais.
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Cool.

Ses mots traversaient ma conscience, balayent mes a priori, fauchent mes peurs et viennent habiter mon coeur.

 


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Ah ouais tu t'es vraiment pas foulé pour celle-là.
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Je peux pas prouver qu'elle a raison mais je le sais. Je le sens. Les doutes s'envolent mais la méfiance reste. Un peu.Je l'ai embrassée. Elle a prolongé le baiser. Longtemps. Un vrai délice.

 


 

 

On s'est dévorés des yeux avec un bruit de pression en fond. Neto était derrière le comptoir à remplir des pintes. Sans un mot, il en a donné une à chacun, puis a rejoint Sonia en passant derrière Seb qui discutait avec Soda.

 

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Allitération de badass, yeah !
_______________________________________________________________________________________________________Je

Je me suis retourné vers Solenne.

 

- Tu savais que tout ça allait arriver.
- Oui.

 


Bouche légèrement crispée. Elle prend ma tête dans ses mains, me donne un court baiser puis reprend la parole.

 

- Ma mère était... spirituellement très évoluée. Humainement, aussi. Elle savait qu'elle allait mourir, et a écrit tout ce qu'elle connaissait dans un livre que mon père m'a remis à mes 18 ans. Tu es dedans, si tu te poses la question.

 

- Moi ?

 

- Oui. Enfin, si on veut. Je savais pas comment on se rencontrerait, mais quand on a joué ensemble pour la première fois, j'ai su que c'était toi. T'as pas trouvé ça bizarre que je t'invite à la maison à peine une demie heure après t'avoir rencontré ?

 

- Non... Je pensais que t'étais juste un peu dingue, et ça me plaisait.

 

 

Elle a éclaté d'un sourire. L'impression d'avoir été pris pour un con et manipulé depuis le début commençait à me narguer sérieusement. Jme suis détaché d'elle pour une longue gorgée de bière et une clope. Elle a continué sans y prêter attention.

 


- Je savais que tu étais... différent.

- Alors pourquoi tu m'as rien dit sur la fin du monde ? Ai-je demandé doucement. D'un coup, je me trouve étrangement calme.

 

- Parce que je savais pas à quel point. Je voulais pas prendre le risque de te perdre. Pas toi. J'avais enfin trouvé au moins quelqu'un qui me correspondait. Peut-être beaucoup plus que ça, même.

 

 


Frisson. Elle en fait pas dix fois trop, là ?

 

 

We've got absolutely no relationship problem.

 

- Je t'ai aimé directement, reprit-elle.

 

 

C'est beau, ce qu'elle dit, n'empêche.

 


- Et puis, ma mère aurait pu se tromper... Tant que le réel était tel qu'on le connaissait, j'avais pas de raison de le croire ou de t'en parler.

 

 

Ouais, le coup du quotidien rassurant qu'on veut pas tester à grands coups de révélations. Ça aurait fait avancer le scénar, pourtant...

 

Je me suis étendu sur le banc, la tête sur ses genoux.

 


- T'as voulu me protéger. C'est pour ça que tu t'es voilé la face. Tu voulais pouvoir douter.

 

- Oui. Exactement.

 

- C'est bien.

 

- Je suis contente que tu comprennes.

 

 

J'ai fermé les yeux pour les rouvir tout de suite. Neto et Sonia se sont mis à crier. Dommage, pendant une fraction de seconde, je me sentais (parfaitement) bien.

 

 

Ils étaient déjà repartis à s'engueuler. J'ai soupiré et Solenne a remis ma tête sur ses genoux.

 


- Laisse-leur régler leurs histoires et surtout, n'interviens pas.

 

 

J'ai lâché un sarcasme à base de «Voui ma chérie...», mais j'avais aussi envie d'en sortir un à base de «Mais j'ai des pouvoirs maintenant !»

 


- Je me demande ce que sont devenus Auré et Pierrot. Et ce que Kepa est en train de faire. Il a sûrement cru voir Lola.

 

- Possible, a répondu Solenne. C'est marrant, je les ai jamais connus très proches.

 

- C'est parce qu'ils sont ensemble depuis longtemps.

 

- Plus que nous ?
- Bien plus, ouais.

 

- T'as pas peur qu'il finisse par nous arriver un truc similaire ?
- L'ennui, la routine ? Sol, même si un jour j'arrivais à me persuader que je te mérite, j'en serais pas malheureux pour autant. Ce serait plutôt l'inverse.

- T'es mignon... s'est-elle attendrie en me caressant les cheveux. De toute façon on verra bien.

Ouais, on verra bien... J'ai gardé le silence. Puis un truc m'a traversé l'esprit.

- Hey. On est faits l'un pour l'autre ?

- Quoi ?

 

- Je sais pas. Ta mère a peut-être écrit là-dessus.

 

- C'est le cas. C'est vrai. Mais je préférais te le cacher et voir ce qui se passait. Vérifier.

 

- Ca c'est de la confiance.
- Oh ça va, tu vas pas commencer !

 

Elle éclate de rire. Je suis heureux. Je retrouve enfin la fille que j'aime, débarrassé de tout doute et de toute pensée sournoise et parasite.

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L'esprit peut être autant un guide qu'un traître.
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Neto et Sonia se sont encore remis à se gueuler dessus. Seb et Soda supportent et observent. Putain, l'amour vache, ça doit coûter super cher en neurones.

 

J'ai levé ma tête des genoux de Solenne, croisé son regard ahuri et sa bouche ouverte. Me suis retourné vers Neto et Sonia en train de voler au ralenti, soufflés par l'explosion soudaine de la double porte du bar à laquelle étaient invraisemblablement adossés une fille aux cheveux blonds foncé et un mec avec une énorme épée dans la main, qui ressemblait sacrément à Kepa.

 

Le tout soufflé par l'explosion, dans les copeaux de bois en suspension dans l'air. Avec la dynamique que ça implique.

 

 

Projection de deux femmes et deux hommes à travers porte de bar en slow motion. Démonstration empirique de la relativité intrinsèque de l'espace-temps.

 



Yeah baby.


Jeudi 1er mars 2012 à 1:13


Bon alors, comment on arrête ce machin ? Tentons le gros coup de sourd de haut en bas sur la tête.

- Accroche-toi, j'te promets rien.

Là, un peu de doute et d'appréhension saupoudrent les yeux de Lola.

Le canidé dragonoïde sans ailes mais aux dents longues réagit mieux que prévu. Il s'affaisse de tout son poids et s'effondre dans la rue avec tout le fracas que ça suppose. Des morceaux de pavés volent un peu partout autour de nous, autour de moi pendant mon vol plané, aussi. J'ai été éjecté deux mètres plus loin, ma lame s'est plantée en premier -avec moi toujours au bout- et j'ai eu l'air super fin l'espace d'une seconde ou trois.

Lola, elle, est descendue tranquillement.

Hé ben pour la scène classe, on repassera. Mon quart d'heure de gloire est pas pour maintenant.

- Bon ben voilà, c'est là, bredouillai-je, un peu gêné, voire humilié.

Elle s'est approchée de moi, m'a caressé le visage en murmurant "T'es adorable". Elle m'a embrassé et on a rapidement été interrompus par un râle.

Et merde. Volte-face, vite. Non, pas comme le film. Récupérer l'épée lourde et se mettre en garde en le moins de temps possible.

Lola m'avait couvert avec ses gros sorts de bourrine. Eclats noirs et violacés en HD 16/9. Les projectiles de tout à l'heure étaient des croquettes pour chat à côté. Ca lui a collé une branlée qui l'a envoyé sur le Krakatoa à plat dos. Des morceaux de béton de tailles variées s'écrasent un peu partout. La parodie de King Kong aurait pu être plus subtile.

Amas de rage et de frustration, le béhémoth a chargé. J'ai à peine eu le temps d'enserrer Lola dans mes bras pour la protéger que mon corps fit l'expérience de la rotation à 360° à grande vitesse. L'entropie n'est plus très loin, ça devrait faire marrer Dan, tiens.

Pas le temps de réfléchir davantage, deux secondes plus tard, mon dos prend de quoi te sortir une thèse empirique sur la dangerosité des portes de bar.

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